dimanche, novembre 27, 2022

Les atouts et inquiétudes de la filière Banane Française des Antilles – Rencontre avec Nicolas des GROTTES

BANAMART – LPG – UGPBAN – FRUIDOR – PLANTEURS – TRANSPORTEURS – GRANDE DISTRIBUTION –  CONCURRENCE – QUALITÉ… :

Les atouts et inquiétudes de la filière Banane Française des Antilles

 La filière des producteurs de bananes des Antilles-Françaises est répartie entre BANAMART, représentant les producteurs de Martinique, et LPG (les producteurs de Guadeloupe). Ces deux groupements sont réunis par l’UGPBAN, l’Union des producteurs de Guadeloupe et de Martinique qui traite à Paris et en Europe de tout ce qui est mise en marché, communication, marketing, vente, contrôle qualité, concurrence ou encore mûrissement à travers les réseaux FRUIDOR, MURISOL, MUMAFRUITIS . Nicolas des GROTTES, président de BANAMART, vice-président de l’UGPBAN et président de FRUIDOR en Métropole nous dresse ici un bilan et une photographie de cette filière, l’une des plus dynamiques et éco responsable des Antilles, qui fait régulièrement évoluer ses pratiques pour améliorer la préservation des sols, de l’eau et de l’air et favoriser la biodiversité dans ses plantations.

Quel est le parcours d’une banane, de la plantation à la surface de vente ?

Bénéficiant de nombreux atouts nutritionnels et pleine de saveurs, la banane est originaire d’Asie du Sud-Est, et est essentiellement cultivée en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie. Aujourd’hui, de nombreux pays en produisent ; les premiers fournisseurs du marché français sont les Antilles, l’Afrique et l’Amérique du Sud. Elles sont récoltées sur le bananier quand elles sont encore vertes (non mûres). En effet, une fois mûrs, les fruits sont trop fragiles pour être transportés.

UNE FILIÈRE AUX PETITS SOINS

Pour que l’on puisse trouver les meilleures bananes dans les surfaces de vente, cela nécessite un véritable savoir-faire et l’intervention de nombreux acteurs. Producteurs, transporteurs, mûrisseurs, distributeurs : l’ensemble des maillons de cette filière professionnelle font des efforts énormes en terme de  qualité, de contrôle et de respect des normes environnementales pour le plus grand bien de la Martinique et de la Guadeloupe,  des acheteurs et consommateurs.

Les bananes douces ou « dessert », totalisent 59 % de la production mondiale. La plus célèbre d’entre elles, la banane Cavendish, représente à elle seule la quasi-totalité de celles qui sont exportées et que nous consommons.

Les bananes à cuire représentent 41% de la production mondiale. Parmi elles, la plus connue est de loin, la banane plantain couramment utilisée dans la cuisine locale.

La maîtrise de la conduite du champ est le premier gage de qualité, car elle permet le développement optimal du fruit. Et, même si elle a une peau épaisse, elle reste sensible aux manipulations comme aux températures, et ce, durant tout son cycle de vie. De plus, pour qu’elle exprime son plein potentiel, il faut s’assurer de contrôler sa maturation, là encore à chaque étape de son périple.

Qu’est-ce que le contrôle de la maturation, comment fonctionne une Mûrisserie ?

Le mûrissage de la banane est une étape clé ! Les bananes sont réceptionnées vertes en mûrisserie. Elles sont alors entreposées de 4 à 6 jours dans des conditions leur permettant de mûrir naturellement, grâce à une température et une atmosphère contrôlée. Durant ce processus physiologique et biochimique, le fruit développe 146 composés organoleptiques, à l’origine de sa saveur et de son arôme, si particuliers. Une fois arrivées en métropole et après des contrôles qualité surun cahier des charges particulièrement rigoureux, les bananes partent vers les mûrisseries réparties sur l’ensemble du territoire national; chacune d’elles a des besoins propres en fonction de sa clientèle. La Mûrisserie est « un ensemble de chambres froides » où les bananes sont réceptionnées vertes. Elles sont alors entreposées durant 4 à 6 jours dans des conditions leur permettant de mûrir naturellement, grâce à une température et une atmosphère contrôlée. Ces bananes partent ensuite vers la grande distribution et les grossistes, chez la clientèle. Les clients demandent des colorimétries précises (plus ou moins mûres) en fonction de leur façon de travailler, c’est très technique.

L’UGPBAN possède 9 mûrisseries FRUIDOR en France, auxquelles viennent s’ajouter depuis 2020, un réseau de 3 autres mûrisseries dans le sud : MURISOL, filiale de FRUIDOR à 100%. Il y a quelques mois en Martinique, nous avons fait l’acquisition de la principale murisserie de l’île située au Robert : MUMA FRUITIS. Celle-ci approvisionne l’ensemble de la grande distribution et les collectivités. Essentiellement réservée aux plus petits producteurs, c’est du circuit court ; ils sont rémunérés à prix fixe, et ne subissent donc pas les variations de prix existant au national.

Comment se passe la commercialisation, des difficultés ?

Au niveau de l’UGPBAN nous avons des réseaux commerciaux, des négociations sont faites de façon annuelle avec les grandes enseignes. Lorsqu’il s’agit d’enseignes nationales (eLeclerc, Intermarché…) cela se passe en France et c’est correct. La principale difficulté rencontrée aujourd’hui est que beaucoup de ces enseignes ont des négociations au niveau européen. Nous devons donc rencontrer des acheteurs en Allemagne ou en Espagne, et dans les appels d’offres, on se retrouve au même niveau que la banane provenant de l’Equateur, du Costa-Rica, de la Colombie, etc. qui n’ont pas du tout les mêmes législations que nous en ce qui concerne le droit du travail, la préservation de l’environnement ou la traçabilité sanitaire ! C’est donc très compliqué lorsqu’il s’agit de négociations avec ces enseignes nationales ou internationales. Dans ce cas précis la seule chose qui intéresse l’acheteur, ce n’est plus tellement la qualité ou le respect de la nature, mais le prix.

« Les droits de douane sur la banane dollar sont passé en 10 ans de 176 euros/tonne a 75 euro/tonne, une énorme perte pour nous producteurs français… »

Quelle est l’actualité de la banane, aujourd’hui, quelles sont les principales difficultés rencontrées ?

Nous maintenons en entretenons nos partenariat existants avec :

  • Au port de Dunkerque, le partenariat avec le syndicat des dockers et la CMA CGM, qui est extrêmement important, et la signature d’une charte pour que notre banane soit débarquée quelque soit le problème qu’il peut y avoir ; charte respectée par tous depuis cette signature.
  • Toujours à Dunkerque, un partenariat avec la société DUNFRESH spécialisée, sur les prestations de débarquement et l’organisation logistique.
  • Nous disposons également sur place d’un atelier qui se charge de mettre le ruban « Banane Française » assortid’un code barre autour du produit.

Côté difficultés : Il y a le regroupement des achats, dont nous venons de parler, qui des fois est fait de façon internationale. Nous subissons aussi une baisse des prix sur le marché européen depuis 2015, du fait de l’énorme baisse des droits de douane sur la banane dollar qui sont passés en 10 ans de 176 euros/tonne a 75 euro/tonne.

L’aide POSEI (aide européenne aux producteurs de banane européens) de 404 euros/tonne qu’on a depuis 2006 n’a pas bougé alors que tout a augmenté avec de plus des contraintes de toutes sortes.

L’arrêt du traitement aérien, avec l’augmentation de la cercosporiose noire. C’est bien dans un sens, mais c’est plus difficile pour les producteurs, ce sont des contraintes et des coûts supplémentaires pour les producteurs obligés de faire des tâches manuelles.

Récemment il y a eu l’augmentation considérable du coût de tous les intrants. Ça avait commencé avec le Covid, on a aujourd’hui des problèmes d’approvisionnement dans tous les produits, tout ce qui est autour du bois, on a des augmentations très importantes des palettes, des cartons, de l’engrais, ça avait commencé mais c’est encore pire avec la crise de l’Ukraine parce que l’Ukraine et la Russie sont de gros fournisseurs de gaz; le prix de l’urée a doublé. On est arrivé à augmenter sensiblement les prix à la vente, on espère que ça va aider mais les prix de matières premières, des intrants, et de tout ce qui sert à fabriquer notre banane ont augmenté considérablement.

Et de surcroît les problèmes climatiques de plus en plus fréquents depuis 2016. Il y eu Matthew en 2016, Maria en 2017, Elsa en 2021, deux années de sécheresse très forte en 2019 et 2020. Des événements climatiques importants qui depuis six ans nous ont mis en difficulté. Notre production a baissé, même si nous sommes en train de remonter avec cette année 160.000 tonnes alors que la moyenne était plutôt de 200.000 T en Martinique (55.000 T en Guadeloupe).

La banane a-t-elle un prix fixe comme l’essence ou le pain ? Comment détermine-t-on son prix ?

Il y a la façon annuelle, la négociation avec la grande distribution, il y a des discussions lors des appels d’offres, etc. et finalement ils nous donnent un volume, ils nous donnent des plateformes et le prix est annuel, sans engagement sur des volumes.

Il y a d’autres prix qui sont en « spot », quelqu’un veut un container à une date précise, à tel prix, c’est négocié à la semaine.

Aujourd’hui le gros de nos volumes est annuel et négocié avec la grande distribution, Lidl en Allemagne, Carrefour en Espagne… C’est quand même compliqué.

« Rechercher constamment l’excellence et innover pour être toujours compétitifs »

Comment cela se passe-t-il en Martinique pour le prix de vente ?

La mûrisserie négocie individuellement avec la grande distribution. En général les prix sont standardisés et fixes pour tout le monde.

Comment expliquer le dynamisme de cette filière par rapport aux autres filières locales ?

Une des raisons du dynamisme de notre filière Banane de Guadeloupe & Martinique est sa présence sur les marchés européens. Le contexte concurrentiel nous pousse à rechercher constamment l’excellence et à innover pour être toujours compétitifs. Afin de faire profiter de son dynamisme et de ses meilleures pratiques aux autres filières antillaises (ananas, filière maraîchères…), la filière a créé en 2008 l’Institut Technique Tropical (IT2) pour permettre le partage de ses savoir-faire(* voir l’interview de M. Marcus Héry de l’IT2 dans ce dossier).

« Leur banane bio n’est même pas équivalente à notre banane non-bio d’ici. TRÈS TRÈS LOIN DE LÀ ! »

Comment faire comprendre au consommateur hexagonal la qualité et de la richesse de notre Banane de Martinique et Guadeloupe, la plus respectueuse de l’environnement qui soit ? Est-ce pour lui un critère de sélection ? Connaît-il les tenants et aboutissants et tous les efforts réalisés par l’ensemble de cette filière Antillaise depuis bien longtemps et consécutif aux plans Banane Durable successifs ?

Pour cela notre service marketing fait un énorme travail auprès des populations locales comme en métropole, aussi bien envers le grand public que les professionnels, sans oublier les scolaires… Nous avons mis en place des promoteurs des ventes qui passent dans les magasins de la grande distribution, font des mises en avant, des podiums, etc. On fait beaucoup de communication à ce niveau et leur rôle c’est d’expliquer aux gens qu’ils voient et rencontrent, aux chefs de rayons le travail qui est fait. Expliquer qu’en Martinique ce sont des producteurs de petite taille, avec une moyenne de 13-14 ha pour une exploitation bananière… Dans certains pays comme au Costa-Rica ce sont des milliers d’hectares. Ils sont nos concurrents, ils utilisent tout ce qu’ils veulent comme produits phytosanitaires, ils ont l’avion, l’hélicoptère, pour effectuer les traitements. Ils ont le droit de le faire, ils n’ont pas le même salaire que nous…malgré cela nous pouvons dire que nous restons présents sur ce marché européen avec la meilleure banane au monde : LA BANANE FRANÇAISE produite en GUADELOUPE et en MARTINIQUE !

Mais nous sommes sur un marché européen, peu importe d’où vient le produit il doit y avoir des règles européennes, pourquoi ne sont-elles pas appliquées pour cette banane « dollar » qui rentre en Europe ?

C’est le pays qui donne ses règles, s’il dit « c’est bio » l’Europe l’accepte. On se bat pour cela. Aujourd’hui le consommateur a besoin du bio, la grande surface lui donne du bio. C’est du bio au Pérou, du bio en Equateur, du bio en République Dominicaine, etc. MAIS…

Leur banane bio n’est même pas équivalente à notre banane non-bio d’ici. TRÈS TRÈS LOIN DE LÀ ! Le bio de Martinique c’est du vrai bio avec la réglementation française, et les contrôles drastiques qui vont avec. Et c’est la même chose pour notre banane conventionnelle qui peut se vanter d’être à la pointe de l’agro-écologie.

Article et interview réalisé par Philippe Pied

 

LIRE LE DOSSIER DE 24 PAGES COMPLET DANS NOTRE MAGAZINE ANTILLA DE MAI 2022

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